Juan Manuel Ortega

.

Développements scientifiques du XXe siècle de la notion de « miasme »

Lorsque Hahnemann a introduit le concept de miasmes, il donnait en réalité un sens tout nouveau à une idée ancienne : dans le cadre scientifique de son époque, c’était la seule façon d’exprimer que les causes des maladies chroniques ne se trouvaient pas uniquement dans le hasard ou dans une dégradation humorale environnementale et constitutionnelle.

À cette époque, la médecine ignorait encore les concepts et le monde de la génétique, de la psychologie et de la microbiologie. Le concept de « force invisible » était alors la seule façon d’expliquer la prédisposition aux maladies chroniques. Au XXe siècle, cependant, une série de découvertes scientifiques ont confirmé, sous une forme différente, que la prédisposition, l’empreinte génétique et les effets transgénérationnels sont des phénomènes réels.

.

1. Génétique

Les expériences de Mendel et le développement de la génétique ont démontré que les caractères biologiques se transmettent selon des schémas réguliers. La génétique a permis de décrire les lois de la variation individuelle et de la prédisposition aux maladies. Bien que le miasme ne soit pas un gène, les deux sont des facteurs qui déterminent la façon dont un organisme réagit à la maladie.

.

2. Épigénétique

Complémentaire à la génétique, l’épigénétique a découvert que les facteurs environnementaux peuvent affecter durablement la fonction des gènes. Le stress, l’alimentation, les infections ou les toxines peuvent laisser des traces dans la mémoire cellulaire, et ces modifications épigénétiques peuvent même être héréditaires. Cette idée rappelle étrangement un élément du concept de miasmes d’Hahnemann : non seulement les symptômes eux-mêmes peuvent être transmis, mais aussi les traces des influences environnementales lamarckiennes.

.

3. Syndrome de stress post-traumatique et traumatisme

Au XXe siècle, la psychologie a découvert que les traumatismes transforment durablement le psychisme et le corps. Le « syndrome de stress post-traumatique » n’est pas un souvenir passager, mais une vulnérabilité persistante qui se manifeste par des symptômes récurrents. Ceci correspond à un autre élément du miasme : l’empreinte d’un événement passé qui perturbe et déforme l’ensemble de l’énergie vitale.

.

4. Recherches inter-générationnelle

Des études menées sur les descendants de survivants de l’Holocauste et d’autres personnes ayant subi des traumatismes majeurs ont montré que les séquelles de ces traumatismes peuvent se transmettre à la fois biologiquement et psychologiquement. L’anxiété, les bouleversements hormonaux et les vulnérabilités psychologiques des générations suivantes indiquent clairement que les blessures du passé façonnent l’avenir. Hahnemann affirmait également que les miasmes se propagent sur plusieurs générations.

.

5. Psycho-neuro-immunologie

La recherche a démontré l’existence d’un lien direct entre l’état psychologique, le stress et le système immunitaire. Un stress psychologique prolongé affaiblit les défenses de l’organisme et favorise l’apparition de maladies chroniques. Ceci rejoint l’idée d’Hahnemann : l’émergence de miasmes est facilitée non seulement par une infection physique, mais aussi par un stress mental constant, qui perturbe l’équilibre de l’organisme.

.

6. Effets périnataux

Le stress maternel, les infections ou les carences nutritionnelles subies pendant la vie fœtale peuvent avoir des conséquences durables sur la santé de l’enfant. Selon la célèbre hypothèse de Barker sur les « origines fœtales », l’environnement intra-utérin préprogramme le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète ou de troubles psychologiques à l’âge adulte. Autrement dit, la prédisposition est déjà présente à la naissance, comme l’affirmait Hahnemann à propos des miasmes.

.

7. Mihály Bálint et le concept de « maladie fondamentale »

Le médecin et psychanalyste hongrois Mihály Bálint a utilisé le concept de « maladie fondamentale » pour décrire comment, derrière toute maladie, se cache toujours un état fondamental plus profond, ancré dans la personnalité et prenant naissance dans la petite enfance. Cette maladie fondamentale détermine les symptômes par lesquels le trouble se manifeste. Ce concept est presque un prolongement direct d’un autre élément de la théorie des miasmes d’Hahnemann : ce n’est pas le symptôme qui est la maladie, mais la disposition sous-jacente.

.

8. Transmission cognitive et culturelle

Les histoires familiales, les croyances, les peurs et les habitudes se transmettent de génération en génération. L’attitude d’une famille face à la maladie, au deuil ou à la guérison influence la génération suivante. Cet élément, que l’on peut aussi appeler miasme psychosocial, se transmet non pas biologiquement, mais culturellement, et pourtant, il détermine les prédispositions de la même manière que les facteurs biologiques.

.

9. Causalité descendante

Selon la théorie de Denis Noble, les systèmes supérieurs (cellules, organes, organismes) influencent les niveaux inférieurs (gènes, molécules), assurant ainsi la stabilité, la flexibilité et l’adaptabilité de l’organisme. Autrement dit, les choix de vie peuvent laisser une empreinte biologique sur l’organisme et même être héréditaires. Dans ce contexte, le concept de miasme peut être interprété comme l’influence des niveaux supérieurs sur la génétique, un phénomène auparavant considéré comme inimaginable.

.

10. Microbiome

La révolution de la microbiologie moderne a révélé que le corps humain n’est pas un organisme isolé, mais un écosystème abritant des milliards de micro-organismes. L’état du microbiome détermine fondamentalement la santé, et son déséquilibre (dysbiose) prédispose aux maladies chroniques. De plus, le microbiome maternel influence directement l’enfant. Cette empreinte écologique est un autre facteur de miasme : un état persistant, invisible et transmissible de génération en génération.

.

Que pourrait être un miasme à la lumière des développements scientifiques ?

Les progrès scientifiques du XXe siècle – génétique, épigénétique, traumatologie, microbiome et autres recherches – offrent un nouveau langage pour comprendre ce que Hahnemann percevait intuitivement. Dès lors, le miasme n’est plus seulement un concept historique, mais une prédisposition complexe qui se forme par de multiples voies et détermine les tendances humaines à travers les générations.

— Prédisposition génétique et épigénétique

La génétique et l’épigénétique démontrent clairement que certaines sensibilités sont héréditaires, tandis que d’autres sont influencées par l’environnement et peuvent même être transmises. Ces phénomènes constituent le fondement du concept de miasmes chez Hahnemann. La seule différence réside dans le vocabulaire employé : aujourd’hui, on parle de gènes, d’ADN et de marqueurs épigénétiques, alors que Hahnemann décrivait la même chose comme des perturbations de la dynamique.

— Traumatismes et empreintes intergénérationnelles

Les recherches en psychologie et en psychiatrie confirment clairement que les traumatismes ne s’arrêtent pas à la fin de la vie d’un individu, mais s’enracinent dans l’histoire familiale et peuvent même laisser des traces biologiques chez la descendance. Dès lors, on peut dire que les miasmes sont des blessures de vie qui continuent de se manifester de génération en génération.

— Unité psychologique et physiologique

La psycho-neuro-immunologie souligne l’interdépendance inextricable du psychisme, du système nerveux et du système immunitaire. Le miasme, par conséquent, n’établit pas de séparation entre les plans « physique » et « psychologique », mais affecte l’individu dans sa globalité. Ceci rejoint l’intuition d’Hahnemann selon laquelle la maladie est toujours une perturbation de l’ensemble de la force vitale.

— Prédétermination avant la naissance

Les recherches périnatales montrent que l’état de la mère dans l’utérus a une influence fondamentale sur la santé de l’enfant. Hahnemann pressentait également que des miasmes peuvent être présents avant même la naissance. La science actuelle parle d’effet de programmation de l’environnement fœtal, mais l’essence reste la même : une prédisposition existe déjà dès le départ.

— Niveaux psychologiques et culturels plus profonds

Le concept de « maladie fondamentale » de Mihály Bálint et les recherches sur la transmission cognitive et culturelle montrent que ce ne sont pas seulement les empreintes biologiques qui sont héritées, mais aussi les croyances, les peurs et les histoires familiales. C’est la dimension psychosociale du miasme, qui détermine la façon dont les individus réagissent à la maladie, au même titre que les facteurs génétiques.

.

Juan Manuel Ortega : les « miasmes » comme stratégies de vie

Dans les années 1960, l’homéopathe argentin Juan Manuel Ortega publia son ouvrage « Notes sur les miasmes » , qui apporta un éclairage nouveau sur l’homéopathie. Ortega rompit avec l’idée que les miasmes n’étaient que la trace d’une ancienne infection. Il les concevait comme des stratégies de vie déterminant la manière dont les individus se rapportent au monde, au manque, à l’épanouissement, voire à la menace de destruction.

.

Ce changement fut d’une importance capitale : les miasmes n’étaient plus des traces d’infections passées, mais des modes d’existence actuels. Selon Ortega, ces schémas sont à l’œuvre chez chaque être humain, dans des proportions et des combinaisons variables.

.

La psore, par exemple, ne se limite pas aux démangeaisons cutanées et à un sentiment de manque, mais englobe l’expérience intérieure profonde qu’« il manque quelque chose à ma vie ».

La sycose ne se résume pas aux verrues et aux excroissances, mais inclut un attachement excessif, la possessivité et la quête de l’abondance.

La syphilis n’est pas seulement la destruction du corps, mais aussi l’expérience intérieure de la décomposition et de la désintégration.

.

Ortega a ainsi élevé le concept de miasme à un niveau psychologique et existentiel. Ce faisant, il l’a rapproché des catégories de la psychologie moderne et l’a même rendu comparable à certaines expériences fondamentales de la philosophie existentielle. Ce n’est pas un hasard si ses idées ont exercé une grande influence sur les homéopathes ultérieurs, notamment Sankaran.

.

Inscrivez vous à notre newsletter !

Vous appréciez les articles de notre site ?

Vous vous intéressez à la santé naturelle et à la médecine fonctionnelle ?

Laissez nous votre email pour recevoir toutes les semaines des articles, des infos et des conseils