Les « écoles Steiner »

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À une époque où le désir et la demande d’écoles libres se répandaient partout, Rudolf Steiner répondit à la fois à la demande d’un ami et de toute une époque en fondant l’école Waldorf, offrant ainsi une nouvelle impulsion au service des enfants du monde entier.

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Cent ans après la fondation de la première école Waldorf, deux cent mille élèves européens fréquentent aujourd’hui une école Steiner. Parallèlement, cette impulsion pédagogique se développe également dans de nombreuses écoles publiques. Enseignant, Rudolf Steiner a raconté par la suite qu’il avait lui-même appris à apprendre : « Dès l’âge de quinze ans, je donnais des cours particuliers […]. J’ai découvert les difficultés du développement de l’âme humaine à travers mes élèves ». Son expérience viennoise de jeune précepteur lui apprit beaucoup : « Cette tâche éducative est devenue pour moi une mine d’enseignements. La pratique pédagogique que je devais mettre en œuvre m’a ouvert une perspective sur le lien entre le psycho-spirituel et le physique de l’être humain ». Des années plus tard, en 1906, Steiner parla d’une pédagogie centrée sur l’enfant et publia « L’éducation de l’enfant à la lumière de la science de l’esprit », non pas un ouvrage théorique sur l’enfant en devenir mais un éveil, à travers l’enfant, à la réalité du devenir.

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L’école, « force de renouveau »

La question posée à Rudolf Steiner concernant la création d’une école est née d’une préoccupation sociale liée à la précarité, aux destructions et aux épisodes de détresse vécus pendant et après la Première Guerre mondiale. Motivées par des préoccupations sociales, de nombreuses personnalités estimaient qu’une nouvelle pédagogie était nécessaire. À Barcelone, Francesc Ferrer i Guàrdia fonda l’Escuela Moderna selon le principe que l’État et l’Église ne doivent exercer aucune influence sur l’école. Un mouvement scolaire en pleine expansion vit le jour, qui compta cent quarante-sept écoles dans la province de Barcelone dès 1905 et se développa, trois ans plus tard, dans toute l’Espagne, au Portugal, à São Paulo, Lausanne et Amsterdam. « La mission de l’école moderne est de veiller à ce que les enfants qui lui sont confiés soient éduqués dans le bien, la vérité, la justice et l’absence de tout préjugé », peut-on lire dans l’ouvrage de présentation. L’école libre devait être accessible à tous les enfants, les frais de scolarité étant pris en charge librement par les familles, selon leurs moyens. On reprocha à Ferrer d’avoir participé à des soulèvements politiques et il fut exécuté à Barcelone en 1909.

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En Allemagne, Gustav Landauer, pacifiste et écrivain, s’engagea en faveur des écoles libres et lança cet appel : « Finissons-en avec l’ingérence de l’État et de l’Église dans nos écoles ! Liberté pour l’école ! Les parents réunis en associations scolaires doivent déterminer l’éducation de leurs enfants ! ». Il s’agissait de « révéler ce qui est propre à l’élève, ce qui est en lui, de le développer, de faire ainsi du monde quelque chose de personnel, et du personnel quelque chose d’universel et d’omniprésent ». En ces années de bouleversements, la perspective sociale et la sensibilité envers l’enfant allaient de pair.

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En Suède, la pédagogue réformatrice Ellen Key écrivit Le Siècle de l’enfant, livre traduit dans le monde entier. Elle avait très tôt disserté sur Philosophie de la liberté de Steiner et « exposé en 1898 sa compréhension aussi profonde qu’originale de cet ouvrage ». Le Siècle de l’enfant connut huit éditions en Allemagne jusqu’en 1905. Dans L’école de l’avenir, Ellen Key écrit, à propos de son rêve pour l’enfant : « Je voudrais décrire ici en quelques traits mes rêves d’une école du futur, dans laquelle les âmes pourraient s’épanouir librement et pleinement. Je parle délibérément de « rêves », afin que l’on ne pense pas que je prétende présenter ci-après un programme de réforme pour le présent ». Bien observer les mondes de la nature, de l’homme et de l’art, et bien lire, tels sont les deux grands objectifs de l’éducation, exige-t-elle. « L’enfant doit être au centre, la méthodologie doit se développer à partir de sa nature. » 

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Etre « bon » consiste à faire preuve, quand on aide, d’une sollicitude et d’une compassion véritables, sans attendre de contrepartie. L’étymologie du mot kindness remonte au vieil anglais et dérive du mot kynd, qui désigne ses proches ou les membres de sa famille. À cette époque, du milieu du Ve au XIIe siècle, la bonté consistait à traiter sa famille avec une bienveillance compatissante. Depuis, la société a évolué et le terme englobe également une vertu, celle de traiter tous les êtres humains avec une bonté de cœur universelle. Le mot kind, qui signifie « enfant » en allemand, a une racine similaire. Le petit enfant est empli d’une bonté innocente, venue tout droit du monde spirituel, mais il aspire à apprendre de ceux qui s’occupent de lui comment en faire preuve.

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En tant qu’éducateurs, notre tâche consiste à créer des modèles qui montrent la voie à l’enfant. Le jeune enfant déborde d’enthousiasme et souhaite apprendre de ses enseignants comment maîtriser la vie. Être un modèle à cet égard est une responsabilité qui exige de l’engagement et de la générosité de la part des maîtres. Chacun peut se poser ici la question suivante : quelles sont mes relations avec mes collègues, mes amis et ma famille ? Est-ce que je crée des modèles que l’enfant peut suivre ? Le travail, dans le cadre de la pédagogie Steiner, se focalise sur la capacité naturelle de l’enfant à ne pas se contenter d’imiter ce que l’enseignant apporte en classe. Celui-ci a pour privilège de montrer par l’exemple ce qu’est un être humain.

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Le jeune enfant perçoit avec une grande lucidité les pensées, les sentiments et les actes de ses figures d’attachement, et les imite avec une confiance inconsciente. Il n’a pas de filtre ; tout ce que les adultes autour de lui font et disent s’inscrit dans son expérience par l’imitation : il commence par percevoir quelque chose avec une attention totale, puis il le reproduit intérieurement, et enfin il suit le modèle et l’imite. Chaque être humain a un ange gardien qui l’accompagne. Quand on s’engage pour les autres et qu’on les traite avec altruisme et bonté, on imite le travail de l’ange en soi. Le petit enfant reconnaît ce geste et commence à ressentir et à imiter la manière dont on fait preuve de bonté. Personne n’est parfait et, parfois, les choses ne se passent pas comme on le souhaite. Il est important d’être indulgent envers soi-même afin de pouvoir entretenir une relation empreinte de pardon et de compassion avec soi. La source d’énergie est inépuisable lorsque l’on fait des efforts spirituels. C’est une vertu que de se relever après une chute, au milieu des difficultés et des défis, et de prendre un nouveau départ. Les enfants le ressentent chez leur enseignant et cela leur donne du courage pour leurs propres combats.

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